Un peu d'histoire
Les produits structurés ne sont pas nés d'une innovation soudaine, mais d'une évolution progressive, sur quarante ans. Comprendre cette histoire, c'est saisir pourquoi tel produit existe, pourquoi telle règle s'impose aujourd'hui, et quels réflexes les praticiens ont intégrés après avoir vu ce qui ne marchait pas.
Quatre époques structurent cette évolution. Les années 1980 aux États-Unis posent l'idée fondatrice : combiner un instrument classique avec un dérivé pour créer des profils sur mesure. Les années 1990 voient l'Europe, et particulièrement la Suisse, adopter et industrialiser ces innovations. Les années 2000 marquent la démocratisation vers les investisseurs privés, portée par la baisse des taux et la standardisation. Enfin, la crise de 2008 et la refonte réglementaire qui suit (MiFID II, PRIIPS, LSFin) imposent une rigueur nouvelle, encore en vigueur aujourd'hui.
Quatre époques. Cliquez sur chacune pour révéler contexte, acteurs, événements clés et la leçon qu'elle a laissée pour aujourd'hui.
La crise financière de 2008 ébranle la confiance dans toute la finance structurée. Les CDO adossés aux subprimes, qui ne sont pas des produits structurés au sens où nous les entendons ici, mais des titrisations de crédit, se révèlent opaques et illiquides, et jettent le doute sur l'ensemble de la classe.
Surtout, la faillite de Lehman Brothers met en lumière le risque émetteur jusqu'alors sous-estimé : des milliers d'investisseurs privés détenant des notes Lehman découvrent que leur « capital garanti » est en fait une créance non garantie sur la banque.
La crise révèle aussi la notion de funding (coût de financement de l'émetteur). Jusqu'à Lehman, ce coût était perçu comme quasi identique d'une banque à l'autre, proche de zéro, donc non différenciant. La crise fait apparaître des écarts notables : un émetteur fragile doit payer plus cher pour se financer, ce qui se répercute sur les conditions de ses produits.
En réponse, les régulateurs européens et suisses engagent une refonte profonde, qui structure aujourd'hui encore tout le métier.
Le risque émetteur n'est pas un détail technique : c'est un composant à part entière de tout produit structuré. La garantie en capital ne vaut que tant que l'émetteur est solvable, et toujours seulement à l'échéance.
Quand une banque émet un produit structuré, elle encaisse immédiatement le capital versé par l'investisseur. Cet argent est, pour elle, une source de financement : émettre une note revient économiquement à emprunter auprès de ses clients, souvent à des conditions plus intéressantes qu'une dette obligataire classique.
C'est pourquoi le coût de financement (funding) de l'émetteur se retrouve directement dans les conditions du produit : un émetteur qui se finance cher peut offrir un coupon plus élevé, mais il fait aussi porter à l'investisseur un risque de crédit plus important. Comprendre un structuré, c'est donc toujours se demander : qui emprunte, et à quel prix ?
Replacez chaque événement dans son époque :
Quatre repères à retenir : (1) les obligations zéro-coupon et l'option (années 80) sont les véritables briques fondatrices des produits structurés modernes — les MBS relèvent plutôt d'une première forme de structuration que d'une brique de base. Un zéro-coupon, acheté décoté et remboursé au pair à maturité, « sécurise » le capital, sauf en cas de défaut de l'émetteur : le risque de crédit ne disparaît jamais. (2) La Suisse s'impose comme le hub mondial de la gestion privée : ce n'est pas l'affaire d'une seule banque, mais d'un écosystème d'acteurs (UBS, mais aussi banques françaises, américaines, anglaises, espagnoles…) qui rivalisent pour répondre aux besoins des investisseurs. (3) La SSPA, fondée en 2006, structure le marché par la classification et la transparence. (4) Lehman 2008 est l'événement pivot : il rend visible le risque émetteur et déclenche la réglementation actuelle.
Q1Un client détient une note « à capital garanti » émise par une grande banque et vous dit : « Je ne risque donc rien. » Quelle est la limite de cette garantie, mise en lumière par la faillite de Lehman Brothers en 2008 ?
Q2Une note à capital protégé combine deux briques. Quelle est la brique « sécurité », celle qui garantit le remboursement du nominal à maturité ?
Q3Vous expliquez à un confrère que la SSPA a joué un rôle clé dans le développement du marché suisse. Quelle est sa fonction principale ?