Section 0.2

Les grandes familles de produits

8–10 min
Carte interactive
Mini-quiz · 4 questions

Question essentielle

Le marché suisse compte des dizaines de milliers de produits cotés, sous des centaines de noms commerciaux. Comment s'y retrouver ? Et que faut-il regarder en premier pour comparer deux produits ?

Découverte La carte mentale des familles

Les produits structurés sont d'une grande diversité : il en existe un très grand nombre, les possibilités de structuration sont en théorie illimitées, et l'innovation y trouve toujours sa place. Mais, en dépit de cette profusion, tous se rangent dans un nombre limité de grandes familles, chacune répondant à une intention d'investissement précise. Savoir ranger un produit dans sa famille, avant même d'en connaître la formule exacte, est le premier réflexe du praticien.

La référence suisse pour cette classification est la Swiss Derivative Map©, publiée par la SSPA : deux familles (produits d'investissement et produits à effet de levier), cinq catégories et vingt-quatre types de produits identifiés par un code à quatre chiffres. Nous restons ici au niveau des familles ; le détail de chaque produit (payoff, exemples chiffrés, simulateurs) fait l'objet de modules dédiés, présentés plus loin dans le programme.

Formulez d'abord votre intuition

Combien de familles ?

Face aux dizaines de milliers de produits traités et à des noms commerciaux très variés (Phoenix, Athena, Kick-In, Express, Shark Note, Catapulte…), combien de grandes familles suffisent à les ranger presque tous ? Et qu'est-ce qui distingue fondamentalement une famille d'une autre ?

Visualisation · La carte des familles (Swiss Derivative Map©)

Deux familles, cinq catégories. Cliquez sur une catégorie pour révéler l'intention de l'investisseur, le compromis accepté et le profil de remboursement à l'échéance.

Produits d'investissement · 4 catégoriesProduits à effet de levier · 1 catégorie

Des produits à effet de levier (warrants, knock-out, mini-futures) qui servent à couvrir des positions ou à prendre une exposition avec effet de levier pour exprimer une vue de marché sur des sous-jacents traditionnels (actions, indices, devises, matières premières).

SSPA 1100–1140Produit d'investissement
Protection du capital
Aussi appelés : capital garanti, capital protégé conditionnel, shark notes
Ce que recherche l'investisseur

Participer à la performance d'un sous-jacent (le plus souvent à la hausse, mais certaines structures jouent la baisse) tout en récupérant, au minimum, un niveau de capital fixé à l'avance, quoi qu'il arrive aux marchés.

Le compromis accepté

Cette garantie en capital est offerte par l'émetteur : elle est donc soumise à son risque de crédit. Si l'émetteur fait défaut, le capital n'est plus garanti.

Anticipation de marché

Direction attendue sur le sous-jacent (hausse, ou baisse pour les variantes bear), mais on veut se prémunir d'un mouvement adverse marqué. Le but ultime : faire mieux que le taux « garanti » qu'aurait offert l'émetteur sur la même période (son taux d'intérêt sans risque). À défaut, autant prêter directement à l'émetteur.

Profil de remboursement à l'échéance
100%Niveau du sous-jacent →
Plancher de remboursement garanti par l'émetteur, puis participation à la hausse au-delà du strike.
À retenir dès maintenant
Un capital garanti à 100 %, pour quoi faire ?

Un produit dont le capital est garanti à 100 % peut paraître presque magique, surtout quand les taux sont élevés et que les conditions du produit (l'exposition à la hausse du sous-jacent) sont favorables. À la fin des années 2000, avant la crise, il n'était pas rare de pouvoir à la fois garantir 100 % du capital et offrir une participation supérieure à 100 % à la hausse d'un indice action. Pourtant les risques sont bien réels, et il est important de ne pas se tromper sur l'objectif de ces produits.

Le vrai point de comparaison n'est pas zéro, c'est le taux d'intérêt que l'émetteur offrirait sur la même période pour une obligation classique (le taux d'intérêt offert par l'émetteur). L'objectif d'un produit à capital garanti est de battre ce taux : on renonce à l'intérêt fixe qu'on aurait perçu, et on le « transforme » en une participation à la hausse d'un sous-jacent. Si le sous-jacent performe suffisamment, on fait mieux que l'obligation ; sinon, le produit paiera moins que l'obligation de référence et fera supporter une perte d'« opportunité ».

Au final, ce qui compte n'est donc pas le niveau d'indexation pris isolément, mais plutôt que la performance attendue du sous-jacent sur la période d'investissement, ajustée par le taux d'indexation offert par le produit, permette de faire mieux que ce taux d'intérêt. C'est contre-intuitif, mais un niveau d'indexation élevé (ou faible) ne suffit jamais, à lui seul, à dire si le produit est attractif (ou non) : tout dépend de ce qu'on anticipe pour le sous-jacent sur la durée.

Cette logique, l'intérêt sacrifié qui finance le moteur de performance, est la clé de lecture de tous les produits dont le capital est garanti à 100 % par l'émetteur à l'échéance.

Le bon réflexe
Du nom commercial à la famille

Sur le papier, la SSPA et sa Swiss Derivative Map proposent une nomenclature commune : un code (1100 → 2300), une famille, un profil de payoff. En pratique, cet effort d'homogénéisation n'a quasiment pas pris : la classification existe, mais les noms commerciaux, eux, restent totalement libres, et c'est une source de confusion permanente sur le terrain.

Un même produit, disons un autocall à coupon conditionnel (code SSPA 1255/1260), se retrouve commercialisé sous des marques très différentes selon l'émetteur et le distributeur :

PhoenixPhoenix MemoryAthenaExpressAutocallKick-In Note

Le réflexe à acquérir dès maintenant : ne pas se fier au nom, mais ne se fier qu'à la Term Sheet, le seul document qui permet de comprendre avec précision les termes exacts du produit (sous-jacent, barrière, coupon, échéance, conditions de remboursement, etc.). C'est la seule façon de comparer ce qui est comparable entre deux émetteurs.

Pratique Exercice guidé
Cas pratiqueDu nom commercial à la famille
Justement, puisqu'on ne peut pas se fier au nom commercial, on lit la Term Sheet. Voici, pour quatre produits, les caractéristiques tirées de leur Term Sheet (le nom marketing seul ne suffirait pas). Classez chacun dans sa famille, c'est exactement le réflexe à automatiser pour comparer des offres.

Classez chaque produit d'après les caractéristiques de sa Term Sheet :

Coupon conditionnel à mémoire, remboursement anticipé possible, barrière de protection à 60 % sur un panier de trois actions bancaires
Remboursement d'au moins 100 % du nominal à l'échéance, plus une participation à la hausse de l'Eurostoxx 50
Réplication 1:1 de l'indice SMI, sans coupon, sans protection ni plafond
Exposition amplifiée (effet de levier) à la hausse de l'once d'or, avec seuil désactivant (knock-out)

Message clé

Tout produit structuré se range dans l'une de cinq catégories, regroupées en deux familles. Le nom commercial ne dit pas la famille : seuls la catégorie SSPA et le profil de payoff permettent de comparer deux produits. Le détail de chaque famille viendra au Module 3.

Trois repères à retenir : (1) Deux familles. Les produits d'investissement (protection, rendement, participation, crédit) se conservent en portefeuille ; les produits à effet de levier (warrants, mini-futures…) sont des outils généralement court terme et avec un fort effet de levier. (2) Cinq catégories suffisent à ranger l'immense majorité des produits cotés. (3) Le nom commercial n'est pas la famille : un « Phoenix », un « Express » ou un « Athena » ne suffit pas pour déterminer les fonctionnalités précises du produit.

Cas client : Un client vous appelle, enthousiaste : « On me propose un “Phoenix” sur les bancaires européennes, ça a l'air très rentable. » Avant toute chose, à quelle famille appartient ce produit, et quelles sont les deux questions que vous lui posez immédiatement pour cadrer la conversation ?

Comment se construit un « capital garanti »

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Produit structuré
Enveloppe contractuelle sur mesure

Cliquez sur chaque brique pour activer un prompt de réflexion

Mini-quiz · Section 0.2
4 questions diagnostiques
~4 min · feedback immédiat

Question 1 / 4

Un client mentionne un « Phoenix » à coupon de 8 % sur les bancaires européennes. À quelle grande famille SSPA ce produit appartient-il ?

Question 2 / 4

Sur quel critère la SSPA classe-t-elle avant tout les produits structurés ?

Question 3 / 4

Deux banques proposent un produit identique dans sa mécanique (autocall à coupon conditionnel sur l'Eurostoxx), mais l'une l'appelle « Phoenix » et l'autre « Express ». Pourquoi ?

Question 4 / 4

Parmi ces catégories, laquelle n'est pas une famille de produits d'investissement, mais relève de l'effet de levier ?

0 / 4 réponses