Section 0.4

Ce que les produits structurés ne sont pas

7–9 min
Le message qui irrigue toute la formation
Mini-quiz · 5 questions

Question essentielle

On affecte un portefeuille par classe d'actif : actions, obligations, immobilier… Où placer un « produit structuré » ? La réponse surprend : nulle part, car ce n'est pas une classe d'actif à part entière.

Découverte L'idée à défaire

On parle souvent des produits structurés comme s'ils formaient une catégorie de placement, à part entière, à côté des actions, obligations ou encore du cash. Un produit structuré n'est pas une classe d'actif : c'est un montage contractuel qui prend un sous-jacent existant (une action, un indice, un taux, du crédit, etc.) et en transforme le profil de gain et de risque. L'étiquette « produit structuré » décrit l'emballage, jamais le contenu.

La conséquence est concrète : le mot « produit structuré » ne vous dit rien du risque que vous prenez. Deux produits portant cette même étiquette peuvent avoir des profils opposés, l'un aussi prudent qu'une obligation, l'autre aussi exposé qu'une action. Pour savoir à quoi vous avez affaire, il faut regarder à travers le produit, vers le sous-jacent, le mécanisme du produit et l'émetteur. C'est ce réflexe, le look-through, que cette section installe, et qui se matérialisera concrètement en gestion de portefeuille.

Avant la visualisation, réfléchissez

« Je voudrais mettre 20 % de mon portefeuille en produits structurés »

Un client formule cette demande. Avant même de parler de produit, qu'est-ce qui cloche dans la phrase elle-même ? Que faut-il lui demander pour qu'elle ait un sens ?

La radiographie du produit

Voici trois produits qui portent tous l'étiquette « produit structuré ». Cliquez sur chacun pour ouvrir le produit et voir à quoi vous êtes réellement exposé. Le but : constater qu'une même étiquette recouvre une obligation, une action et du crédit. Proportions en ordres de grandeur illustratifs.

Ce à quoi vous êtes réellement exposé
Classe d'actifObligataire
90%
90% · Obligation zéro-coupon de l'émetteur
10% · Option d'achat sur le SMI
Le « capital garanti » est d'abord un prêt à l'émetteur : ici, sur 5 ans et aux niveaux de taux actuels du franc suisse, près de 90 % du nominal finance son obligation zéro-coupon. Cette proportion n'est pas fixe : elle dépend directement de l'horizon du produit et du niveau des taux de la devise (plus la durée est longue et les taux élevés, moins le zéro-coupon coûte cher, et plus il reste pour l'option). Sa nature profonde reste obligataire : en gestion de portefeuille, cette ligne doit être intégrée à la poche obligataire, pas à une poche « structurés » ni aux actions. Son benchmark naturel est d'ailleurs une obligation de même émetteur et même horizon.
Le point commun caché : le risque émetteur. Les trois sont avant tout des engagements d'un émetteur. La bande grise repère où ce risque apparaît explicitement dans la décomposition, mais il ne s'arrête pas là : si l'émetteur fait défaut, ce n'est pas seulement cette part qui est perdue, c'est l'ensemble du produit, car la promesse de la formule ne peut alors plus être tenue non plus. C'est le seul risque que tout produit structuré partage, quels que soient son sous-jacent et sa structure.
Le modèle mental
Toujours trois questions : le profil de risque, le sous-jacent, l'émetteur

Devant n'importe quel produit structuré, on le décompose toujours selon les mêmes trois axes. Lire le produit, c'est répondre à ces trois questions dans l'ordre, jamais s'arrêter au nom commercial.

01
Le profil de risque
Le pay-off du produit : ce que fait la structure (protéger, plafonner, doper, convertir une baisse en gain). C'est une transformation, pas une classe d'actif.
02
Le sous-jacent
L'actif réellement en jeu : une action, un indice, un taux, une devise, du crédit. Mais seul, il ne détermine pas la classe d'actif : c'est le pay-off, ou le pay-off associé au sous-jacent, qui la fixe.
03
L'émetteur
La banque qui s'engage à payer. Son risque de crédit est toujours présent.
Quatre idées fausses à corriger
Le piège de l'allocation
Où classer ces produits dans le portefeuille ?
1
On repart des trois produits, et de leur classe d'actif réelle
Les trois produits radiographiés plus haut. Vu à travers son profil de risque (son pay-off, parfois associé au sous-jacent), chacun se rattache à une classe d'actif bien réelle. C'est l'étiquette « structuré » qui les réunit, jamais leur risque.
Barrier Reverse Convertible sur Roche Coupon contre risque de baisse de l'action12 %Actions
Capital garanti 100 % sur le SMI Surtout un prêt à l'émetteur (zéro-coupon)7 %Obligataire
Credit Linked Note sur un panier d'entreprises Risque de défaut d'entités de référence6 %Crédit
2
L'allocation telle qu'on la lit sur le relevé
Voici comment ce portefeuille apparaît si l'on traite les produits structurés comme une classe d'actif à part entière.
Classe d'actifPoids
Actions40 %
Obligations25 %
Produits structurés25 %
Cash5 %
Matières premières5 %
Cinq lignes bien rangées. Mais « produits structurés » n'est pas une classe d'actif : tant que cette poche de 25 % n'est pas affectée, impossible de savoir à quels risques le portefeuille est réellement exposé.
3
À vous : reclassez les trois produits
Reprenez les trois positions de la poche « structurés » et rattachez chacune à sa classe d'actif réelle. Le crédit étant un risque obligataire, vous le retrouverez regroupé avec l'obligataire à l'étape suivante.
Cas pratiqueDéclarer l'exposition réelle
Un gérant doit présenter à son comité de risque l'exposition réelle de trois lignes détenues, classées par classe d'actif sous-jacente (look-through), et non par leur nom commercial. Pour chacune, indiquez la classe d'actif à laquelle elle doit être rattachée.

À quelle classe d'actif réelle rattacher chacune de ces lignes ?

Barrier Reverse Convertible sur Roche · 12 %
Capital garanti 100 % sur le SMI · 7 %
Credit Linked Note sur un panier d'entreprises · 6 %
4
Comparez les deux allocations
Validez l'étape 3 pour révéler l'exposition réelle du portefeuille.

Message clé

Un produit structuré n'est pas une classe d'actif : c'est un montage contractuel qui transforme l'exposition à un sous-jacent. Pour le classer, regardez à travers (look-through) vers le sous-jacent, le fonctionnement du produit et l'émetteur. Un même sous-jacent peut d'ailleurs aboutir à des profils opposés selon la structure : c'est la combinaison des deux qui fixe la classe d'actif réelle, actions ou obligataire, le crédit relevant lui aussi de l'obligataire.

Ce réflexe a une conséquence pratique en gestion : pour mesurer le risque d'un portefeuille, on ne rattache jamais un structuré à une poche « produits structurés ». On le réaffecte à sa classe d'actif réelle. Ce qui compte, c'est l'exposition réelle, afin que l'allocation du portefeuille reflète correctement le risque de ce dernier.

En résumé : demander « un produit structuré » ne veut rien dire en soi, car cela ne désigne aucun risque précis. Ce qui a du sens, c'est de partir du besoin et du sous-jacent : quel objectif, quel benchmark pour quels résultats attendus.Section 0.3 · Pourquoi ces produits existent

Mini-quiz · Section 0.4
5 questions diagnostiques
~5 min · feedback immédiat

Question 1 / 5

Un client vous dit : « ajoutez-moi des produits structurés comme nouvelle classe d'actif, pour diversifier. » Quelle est la meilleure reformulation ?

Question 2 / 5

Un capital garanti 100 % sur le SMI à 5 ans : à quelle classe d'actif réelle son risque ressemble-t-il le plus ?

Question 3 / 5

Deux lignes portent l'étiquette « produit structuré » : un capital garanti 100 % et un Barrier Reverse Convertible sur une action unique. Quelle affirmation est juste ?

Question 4 / 5

Pourquoi un produit structuré n'est-il pas un fonds de placement ?

Question 5 / 5

Un relevé affiche « Actions 45 % · Obligations 25 % · Produits structurés 30 % ». Que vaut cette présentation pour mesurer le risque ?

0 / 5 réponses